Dans la vie d’un couple, il arrive parfois que la flamme de la passion s’amenuise et les moments d’intimité se font rares. Pourquoi en est-on arrivé là ? Les débuts étaient si prometteurs, mais voilà que le désir et même le plaisir s’estompent. Est-ce normal de ne plus avoir de relations sexuelles en couple ? Est-ce un signe de problème dans la relation ? Doit-on s’inquiéter pour sa relation ? Que peut-on faire pour raviver la flamme ? Pour faire l’amour à nouveau ?

Cultiver le désir : l’art de ressusciter la passion
Quand on parle de désir, de passion, on parle souvent de libido. « Comment booster la libido ? » « Comment améliorer la libido ? » « Je n’ai plus de libido, que faire ? » etc.
Ce terme est à mon sens inadéquat, ce n’est pas la libido qui est en cause et surtout, on ne peut pas agir sur elle, mais sur le désir oui. La libido est une pulsion, un envie ardente, quelque chose de presque violent, pourtant, il est important de comprendre qu’elle a besoin d’être suscitée par le désir pour exister.
Cultiver la libido, ce n’est pas possible mais cultiver le désir oui et surtout c’est essentiel car il n’est pas et n’a jamais été spontané. A tord, on pense que le désir nous est tombé dessus quand on est tombé amoureux. Mais non, en réalité, à la période des débuts, le désir était grandement cultivé : messages torrides, jeux de séduction, rdv amoureux dans des lieux flamboyants, la nouveauté et l’exploration d’une nouvelle personne, d’une nouvelle relation.

Le désir est psychologique, il prend de la place dans l’esprit et en a besoin pour exister et grandir. Selon les périodes de la vie (maladie, deuil, mauvaise nouvelle, stress au boulot, changements etc), il est tout à fait logique qu’il soit moins intense, moins expressif. Et il faut faire la paix avec cette idée, car le désir, vous pouvez y revenir après, il n’est jamais perdu pour toujours.
C’est toujours plus simple pour lui d’exister dans un esprit épanoui, si le votre ne l’est pas en ce moment, prenez votre temps. Cultivez d’abord votre bien-être global, reposez-vous, recentrez-vous, consultez éventuellement un.e professionnel.le de la santé mentale, puis peut-être sexuelle/affective. Et ensuite, seulement ensuite, prenez du temps pour votre désir.
Les clés pour renouer avec le désir
Le désir trouve sa source dans le manque et la nouveauté. Ainsi tout ce qui participe à la durabilité et la stabilité du couple, c’est à dire passer du temps avec sa moitié, vivre ensemble, avoir des projets importants en commun, tout se raconter, se faire confiance… entraîne la diminution de l’envie de sexe. C’est malheureusement inéluctable.

Rassurez-vous, le désir c’est aussi et surtout la fantasmatique, l’imaginaire, le jardin secret et partagé : sur lequel on peut travailler. Oui, fantasmer, c’est cultiver son désir. Mais comment fantasmer ? Quel est le mode d’emploi du fantasme ?
1- Tout d’abord il faut se plonger à travers ses souvenirs les plus brûlants, auxquels on ne pense plus. Qui nous semble bien lointain et qui sont d’ailleurs peut-être avec d’autres personnes que votre partenaire. Petit point important ici : fantasmer n’est pas tromper. Au contraire, fantasmer, qu’importe de quoi et de qui, servira à votre couple et à l’épanouissement de votre intimité. Faites remonter ces souvenirs à la surface, souvenez-vous intensément, entrainez-vous à visualiser les images, à entendre les gémissements et les râles, à sentir les odeurs et le grain de peau ou encore la texture des draps et ressentez les sensations, la chaleur, l’étourdissement, les fourmillements. En réalité, en faisant cet exercice, vous vous souvenez de votre désir, vous le revivez, vous vous reconnectez à lui, à ce qu’il était.
2- Ensuite prenez le temps d’analyser les réactions de votre corps qui répond à ces souvenirs, qui répond à cet ancien désir. Prenez le temps de vous en délecter, de sentir l’accélération des battements de votre coeur.
3- Puis, allez plus loin, amplifiez vos souvenirs, accessoirisez-les, rendez-les plus fous, plus forts, plus doux, améliorer-les à votre guise, selon vos envies du moment.
Ce premier exercice intrinsèque utilise vos propres ressources d’excitation et croyez-moi, vous en avez des tas, elles attendent juste d’être écoutées.

Un autre exercice possible, c’est de faire appel à l’art érotique, celui que l’on trouve dans les romans brûlants, dans les bd aux illustrations toujours plus prometteuses, dans les musées qui exposent des corps de marbre, des corps peints, des seins, des mains, des bouches et aussi des fesses, dans les boudoirs, les bars calfeutrés, dans les cabarets ou bien dans les audio-érotiques, les films et les photos. En sommes, tout ce qui est pensé pour titiller le désir. Par ailleurs, je recommande chaleureusement la littérature érotique, vraie bombe érotique et génératrice de désir, elle suscite largement l’imagination et permet à la fantasmatique de considérablement se développer.

Le plaisir : lien entre l’esprit et le corps
Le désir est psychologique, c’est à l’esprit que nous le devons. Le plaisir quant à lui, en découle et éveille le corps, il est charnel, physique. Quand un couple fait l’amour moins souvent et s’en inquiète, il porte son attention principalement sur le désir, ce qui est en effet la bonne chose, mais délaisse totalement l’idée du plaisir. Car il est fort probable (et je suis désolée de le dire) que vous ne preniez plus de plaisir à faire l’amour à votre partenaire, que ce soit moins stimulant, voir parfois inintéressant. Et avoir envie de faire l’amour, c’est vouloir explorer la nouveauté, assouvir un désir suscité par des jeux de séduction, ou bien (quand on est en couple depuis un moment), on l’a vu là haut, c’est se souvenir combien c’est bon. Et si c’est bon, c’est motivant, c’est désirable. Si c’est moins bon, ça demande plus d’effort d’y aller et l’esprit sera concentré sur le temps que ça va prendre, se demander si les draps sont propres etc.

Le plaisir est qui plus est subjectif et évolutif, c’est à dire qu’il requiert, tout comme le désir, une attention particulière et une exploration régulière. Alors il faut en parler, il faut questionner, s’exprimer et peut-être essayer de nouvelles choses, essayer autrement.
« Et toi, tu aimes vraiment quand on le fait ? De mon côté je ne suis pas sure justement… On peut étudier ça ensemble ? Qu’est-ce qui te donne le plus de plaisir ? Moi je crois que c’est quand tu… » Une bonne manière de savoir ce qui nous donne du plaisir, c’est l’exploration. A deux pour sur, mais seul.e aussi. Là on parle bien de masturbation, de sexualité individuelle. D’une part elle est excellente pour le moral, pour la diminution du stress, pour l’amour que l’on se porte et pour son épanouissement global. D’autre part, c’est excellent pour la santé intime de votre couple.

La masturbation est également un exercice intéressant pour renouer avec son désir et son plaisir. Et c’est finalement le prolongement des exercices vus plus haut. Il suffit d’y ajouter des gestes, des caresses, des accessoires, une plume, un glaçon, un oreiller sur lequel onduler, une huile chaude ou un sextoy. Soyez créatif.ve, inventif.ve, ne vous limitez pas par le jugement ou la honte. Il n’y en a aucune. Essayez, prenez conscience de votre corps et de ses sensations et explorez-les. Puis à deux, ensuite, essayez autrement, essayez à nouveau, communiquez, montres, demandez, allez voir, ajoutez des accessoires, des jeux, des défis, explorez.
L’idée de la nouveauté est un facteur essentiel pour maintenir le désir. Tentez de nouvelles choses ensemble, explorez de nouveaux territoires sensuels en sensoriels, laissez libre cours à votre imagination et à vos fantasmes.
Vous ne faites plus l’amour, mais passez-vous du temps ensemble ?
La routine peut rapidement engloutir votre emploi du temps. Il est crucial de créer des moments de qualité à deux. Ces moments ne doivent pas nécessairement être axés sur la sexualité, mais plutôt sur l’intimité émotionnelle et physique. Une balade, un massage, un bain, un dîner romantique, toutes ces activités renforcent la connexion entre vous deux.
Et oui, il est tout à fait envisageable de planifier des moments pour vous, rien que pour. Des rdv amoureux autrement dit. Mais aussi des moments pour faire l’amour. Lorsqu’on se séduit, au tout début de la relation et que l’on se fixe des moments pour se voir dans la semaine, c’est indirectement entendu que ce seront des moments pour faire l’amour. Et bien revenez à cela, même si les débuts sont un peu scolaires et que vous écrivez « love time » ou encore « sex time » dans votre calendrier. Prenez-le avec humour, légèreté, avec frivolité.

La sexualité : un pilier du couple, mais pas l’unique
Chaque couple est unique, et il n’existe pas de règles universelles pour une relation épanouie, ça c’est un premier point essentiel.
Ces périodes où les rapports sont absents ou trop discrets, ces « déserts sexuels » comme on les appelle souvent, font souvent grandement culpabiliser et inquiètent plus qu’il ne faut. Trop souvent, la sexualité est considérée comme le baromètre du bien-être du couple. Un couple qui fait souvent l’amour est un couple qui va merveilleusement bien, un couple qui ne fait pas l’amour est un couple dysfonctionnel, avec des problèmes. Non, ce n’est pas la réalité. Ce qui compte avant tout c’est votre réalité à vous.
On peut en effet réfléchir à des piliers du couple, car ils permettent de prendre conscience des choses et parfois de pouvoir avancer, consolider, comprendre les fragilités de sa relation et parfois réparer ou partir. Ceux que je trouve intéressants sont les suivants : le partage (passer du temps à deux, partager des activités et des projets), l’admiration (se surprendre, voir l’autre dans son entièreté, s’intéresser à qui il/elle est vraiment, se soutenir et s’inspirer), la confiance (pouvoir se parler, se confier, pouvoir compter sur l’autre) et l’intimité (plutôt que sexualité, quelque soit sa forme)

PS : un petit rappel pour vous dire que c’est important de différencier le désir sexuel du désir amoureux, de l’amour que l’on se porte. L’un peut exister sans l’autre. On peut ne pas avoir envie de quelqu’un que l’on aime ardemment et inversement.
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